[Intro]

Vingt-deux heures.
La mairie est vide.
Deux cahiers ouverts
sur la même table.

[Verse]

J’ai passé la nuit devant les cahiers,
sans numériser, sans les déplacer.
Deux lampes allumées dans la salle,
la rue vide derrière les vitres pâles.

J’ai lu les questions jusqu’à ne plus
savoir laquelle appartenait à quelle rue.
À force de chercher ce qui se répète,
j’ai fini par voir l’erreur dans la question elle-même.

« Que voulez-vous signaler ? »
« De quoi vous plaignez-vous ? »
« Quelle difficulté rencontrez-vous ? »
Toujours le problème posé devant nous.

Et si on cessait une fois
de demander aux gens de prouver leur douleur ?
Et si l’on demandait plutôt
ce qu’il faudrait changer pour réparer la confiance ?

[Chorus]

Changer la question,
changer le point de départ.
Ne plus demander seulement ce qui fait mal,
mais ce qui rendrait la parole valable.
Changer la question,
avant d’ouvrir un cahier de plus :
qu’est-ce qui devrait vraiment changer
pour que vous croyiez qu’on vous a entendus ?

[Verse]

Je prends une feuille blanche,
je barre trois titres successifs :

« Cahier de doléances. »
Trop ancien.

« Consultation citoyenne. »
Trop propre.

« Boîte à idées. »
Trop petite.

Je reste une heure sans titre,
puis la mairie sonne huit heures.

Mon chef passe devant la porte :
« Tu avances sur l’exposition ? »
Je dis oui.

Ce n’est pas totalement faux.

J’avance simplement
dans une direction qui n’était pas prévue.

[Chorus]

Changer la question,
changer le point de départ.
Ne plus demander seulement ce qui fait mal,
mais ce qui rendrait la parole valable.
Changer la question,
avant d’ouvrir un cahier de plus :
qu’est-ce qui devrait vraiment changer
pour que vous croyiez qu’on vous a entendus ?

[Piano Interlude]

[Bridge]

Une question peut être une porte.

Une question peut aussi être
une manière élégante
de garder quelqu’un dans le couloir.

Tout dépend de ce qui arrive après.

Alors j’écris au feutre bleu,
sans logo, sans emblème, sans numéro :

« Qu’est-ce qui devrait changer
pour que vous croyiez de nouveau
que quelqu’un écoute ? »

Je relis.

Cette fois,
je n’ajoute pas de case obligatoire.

[Final Chorus]

Changer la question,
changer le point de départ.
Ne plus demander seulement ce qui fait mal,
mais ce qui rendrait la parole valable.
Changer la question,
avant d’ouvrir un cahier de plus :
qu’est-ce qui devrait vraiment changer
pour que vous croyiez qu’on vous a entendus ?

[Outro]

Je trouve un cahier neuf
dans l’armoire des fournitures.

Couverture noire.

Pages sans lignes.

Demain,
je le pose sur la table.
